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Dossier : "Suicides chez les Amérindiens : dossier spécial"

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Fier d'être Wayana

Guillaume AUBERTIN Samedi 14 août 2010
Fier d'être Wayana
Entre pêcher du coumarou et faire du reggae, son coeur ne balance pas vraiment. David a décidé de faire les deux, en entretenant la tradition, et en vivant sa passion (GA & DR)

David Khana est un Amérindien, un vrai. Un « original Wayana » , comme il dit lui-même. Il est aussi la preuve que dans la vie, il n'y a pas que la pêche, la chasse, et l'alcool... Portrait du reggaeman le plus atypique du Maroni, qui explique que « ce n'est pas toujours facile d'être un Amérindien » en 2010.

Maripa-Soula, juillet 2009. La rencontre a lieu sur un rocher en forme d'iceberg qui émerge à la surface du Maroni. Au cours d'une interview fleuve, David raconte que « bientôt » , il essayera de sortir un disque. C'est chose faite. Le « Wayana boy » (son nom d'artiste) fait la promo de son CD six titres (Tohmé) en ce moment à Cayenne. Aujourd'hui, il a les cheveux coupés courts et a laissé short et tongs au village (Tedamali, situé à une petite dizaine de minutes de pirogue en amont de Maripa-Soula). La pépite fétiche offerte par sa mère se balance toujours autour de son cou. Pour les poignées d'amour naissantes, « c'est le cachiri, sourit-il... et un peu la bière. Ça fait gonfler! » David a aussi laissé tomber les lunettes de soleil qu'il portait fièrement dans son clip « Mercure » (sorti en 2007), que les puristes auront pu visionner sur le site Youtube (plus de 8 000 vues). Un simple mot-clé suffit pour tomber dessus : « Wayana » . Les chanteurs amérindiens ne courent pas les rues... sur le web. La vidéo est faite maison, mais le rendu est efficace : le son (du bon vieux reggae) est propre, les images (du Haut-Maroni) sont saisissantes, et les paroles (les ravages de l'orpaillage) plutôt brutes et bien engagées.
« Les temps changent »
Voilà pour l'artiste. Qui passe son temps à chanter sur sa pirogue, du matin au soir. Mais David est aussi un père de trois enfants qui a su rester « jeune dans sa tête » . Lorsqu'on lui demande son âge, il hésite, se gratte la tête, prend l'air de calculer, et lâche : « Trente ans... environ » . En fait, il est né le 22 août 1980 à Aloïke (petit village situé à quelques longueurs de Maripa-Soula). À l'ancienne, donc. « Mes parents m'ont mis au monde tout seuls. Ils m'ont amené au centre de santé après, explique-t-il. Maintenant, toutes les femmes enceintes, c'est Cayenne direct » . Les temps changent... L'époque où son père mettait « un mois pour descendre en pirogue jusqu'à Saint-Laurent, sans moteur » , lui semble vieille comme le monde. « Aujourd'hui, dit-il, tous les jeunes veulent avoir des vêtements de marque, et une belle voiture » . Les temps changent et « les Amérindiens veulent faire des études, partir à Cayenne, et même à Paris » . Les temps changent et la culture, aussi, a tendance à se perdre : « Les jeunes préfèrent faire la fête plutôt qu'aller à l'abattis » . Il connaît bien l'abattis. Lui qui a arrêté le collège en 6e. D'ailleurs, quinze ans plus tard, il « regrette » . « C'est pas facile aujourd'hui, constate-t-il, simplement. La vie est dure sur le fleuve quand il faut trouver des jobs. Surtout quand t'as pas de diplôme » . Chasse, pêche, artisanat, allers-retours à l'abattis, il traverse donc son adolescence dans la plus pure tradition. Et à 16 ans, tombe amoureux de celle qui partage toujours son toit aujourd'hui (une maison en bois plantée sur les hauteurs de Tedamali, où vit, dans un calme relatif, une petite dizaine de familles).
« Apprendre la Marseillaise »
Puis David est « devenu un homme » , officiellement. Le maraké en poche, l'heure est venue pour lui de faire face à une nouvelle réalité : « Maintenant, tout le monde a le RMI chez les Amérindiens, mais c'est pas beaucoup pour vivre. De nos jours, il faut travailler » . À 20 ans, il réussit à se faire embaucher au pays. À l'entretien des espaces verts du collège Grand Man Difou de Maripa-Soula. Il y reste deux ans. Le salaire n'est pas mirobolant, mais ça rapporte plus que lorsqu'il peignait des ciels de case et vendait du coumarou aux Bonis. C'est assez en tout cas pour s'offrir enfin sa pirogue et avoir son chez soi. Il décide ensuite d'aller voir à l'armée ce qu'il s'y passe. Direction le GSMA de Saint-Jean. Une expérience plutôt mitigée : « C'était dur le réveil à 5 heures du matin » . Ou encore : « On mange vraiment pas bien » . Heureusement, il y a « les copains » , et « la musique » , déjà. Mais il déserte au bout de 10 mois. « Amalia (sa compagne) était malade alors je suis rentré sur le fleuve » , se souvient-il. Chez les militaires, il a quand même eu le temps « d'apprendre la Marseillaise! » Se sent-il avant tout Français, ou Wayana ? Il se dit « habitant du fleuve Maroni » , lui qui parle wayana (avec sa famille), mais aussi créole, français, trio (la langue amérindienne du Suriname), et le boni (son « autre langue maternelle » ) en fonction des rencontres.
Le mal du littoral
Partout, il s'adapte, ou presque. Car l'air du littoral fait ressortir en lui une certaine timidité, comme un malaise. Pourtant, sur le fleuve, il est comme un poisson dans l'eau, plutôt du genre chauffeur d'ambiance et boute-en-train hors pair. Le littoral, il s'y rend pour les achats de rentrée scolaire, et enregistrer des sons avec son pote Serge (l'instrumentaliste et producteur de son album).
En plus, « à Cayenne, les enfants ont peur des voitures et des poupées dans les magasins » . Les mannequins en vitrine font effectivement pleurnicher le petit dernier de quatre ans, fan de Dora l'Exploratrice, qui nage un peu dans son short « Spiderman » .
« C'est pas tous les jours facile d'être un Amérindien » , résume-t-il, sans toutefois tomber dans la fatalité. Mais tout n'est pas si beau et si rose sur le fleuve. Il y a l'alcool, « c'est vrai » . « Avec tous les Chinois qu'il y a sur le Maroni, surtout côté Suriname, les jeunes peuvent en acheter partout. Comme la drogue » . David reconnaît taquiner un peu la boisson quand vient l'heure de « l'apéro system » . « Mais j'essaie d'être sérieux sinon ma femme n'est pas contente » . Et l'orpaillage illégal ? Lui est pour un renforcement de l'opération Harpie. En a marre de voir le « fleuve pollué » , les « pirogues volées » , les abattis pillés, et de devoir « aller de plus en plus loin pour chasser et pêcher » . « C'est normal que certains ont envie de se faire justice tout seul » , glisse-t-il sans détour. Pourtant, il ne nie pas avoir « déjà pris des orpailleurs en stop pirogue » . Les mêmes qui détruisent sa forêt. « Ça fait toujours un peu d'argent, et c'est dur de leur dire non! »
Pakira domestique
Toutes les deux semaines, il prend le temps d'apporter un peu de pain et de sucre à ses parents, qui vivent à Kuwepipan, tout près d'Antecume-Pata, où l'attend aussi « Paki Paki » , son pakira domestique qui suit tout le monde comme un petit chien. Dans ce cadre de rêve, qui surplombe un saut en face duquel le soleil aime se lever, il rêverait d'y construire « un petit truc pour les touristes » . « Pas Disneyland, mais quelques carbets, ça suffit pour préserver le coin » .
David a bien compris qu'il fallait vivre avec son temps, sans pour autant abandonner ses traditions. Tout le dilemme est là. Alors, avec la sortie de son CD, le Wayana boy ne sait pas trop où il va. Mais une chose est sûre, c'est qu'il n'a pas oublié d'où il vient. Il a d'ailleurs fait imprimer un ciel de case sur son disque, qu'il espère bien vendre un peu : « Les Amérindiens chantent juste pour les cérémonies et les marakés. C'est dommage qu'on ne soit pas plus représenté » . Lui est « fier d'être un Wayana » . Et a décidé de le chanter haut, et juste.

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Vos commentaires

Wayana 05.12.2010
une pétitionpour sauver les 1500 derniers Wayana

Nous vous indiquons une pétition présidentielle pour sauver les 1500 derniers Wayana :

http://wayana.new.fr/

On peut signer directement en ligne à :
http://www.cyberacteurs.org/actions/presentation.php?id=168

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